The Greater Of Two Evils

Mountain 1974 Twin Peaks
Toute sa carrière durant, démarrée en 1981 dans le Queens, Anthrax n’a jamais fait preuve d’une grande stabilité. Les New Yorkais auront usé pas moins de huit chanteurs, dont trois seulement enregistreront avec le groupe. C’est à John Bush que revient le privilège de pousser la chansonnette sur The Greater Of Two Evils. Le vocaliste, officiant également avec Armored Saint, doit se confronter au répertoire de ces deux prédécesseurs, Neil Turbin et Joe Belladonna, en réenregistrant 14 morceaux choisis par les fans sur internet. Si l’idée semblait bonne, le résultat m’a quelque peu déçu, John Bush n’arrivant pas à me convaincre. Les titres, réarrangés pour l’occasion, sonnent plutôt bien, avec les parties de batteries remarquables de Charlie Benante et les rythmiques saignantes de Scott Ian, mais un manque de feeling, lorsqu’il s’agit à Rob Caggiano, malgré sa maitrise technique, de retranscrire les soli de Dan Spitz. Aurait pu mieux faire.

Surfing With The Alien

Joe Satriani 1987 Surfing Wirh The Alien
Le Metal instrumental, à de rares exceptions, n’est pas ma tasse de thé. Autant dire que j’aborde cette chronique avec une certaine dose de mauvaise foi. Unanimement reconnu par la critique à sa sortie, Surfing With The Alien ne me fait ni chaud ni froid. Si je devais noter ce disque sur la maitrise et la virtuosité de Joe Satriani, nul doute que j’aurais mis entre 4 et 5, sauf que pour moi, la musique est avant tout une affaire d’émotions avant d’être une histoire de technique. Quand j’écoute cet album il ne me procure aucune érection pilaire. Seuls Satch boogie et Circles ont réussi à me faire secouer la tête et frémir les tympans. Maintenant à choisir entre le Metal néo-classique ennuyeux d’un Yngwie Malmsteen, autre adepte de la masturbation guitaristique rébarbative, et les mélodies plus abordables du Satch, je choisis la musique du prof de guitare de Kirk Hammet.

Joe Satriani 1987 Surfing Wirh The Alien
Pochette alternative de la réédition de 2018

Headhunter

Krokus 1983 Headhunter
Si les banques, le chocolat et les montres font la fierté de la Suisse, la confédération peut se targuer d’avoir compté en son sein des formations dont la réputation musicale a dépassé le simple statut de la notoriété locale. Hellammer/Celtic Frost, Coroner, Samael, Gothard et Krokus ont largement contribué à porter haut et par-delà les frontières, l’étendard du Metal helvète. Souvent traité comme un simple clone d’AC/DC, Krokus, avec Headhunter, a de quoi faire taire ses détracteurs. Le travail de Tom Allom (producteur attitré de Judas Priest) confère à ce disque une véritable identité dès les premières mesures du titre éponyme. Eat the rich, mid tempo efficace sera repris par David Ellefson (Megadeth) sur l’album No Cover, tandis que Ready to burn se paie le luxe de voir Rob Halford venir pousser la chansonnette. Le meilleur d’un Krokus à son apogée, le groupe s’orientant ensuite vers une musique plus commerciale.

Another Way To Shine

Spiritual Beggars 1996 Another Way To Shine
Carnage, Carcass, Arch Enemy : Michael Amott est unanimement reconnu dans le milieu du Death Metal. En 1992, bien qu’il soit encore membre de Carcass, il fonde Spiritual Beggars avec la complicité de Ludwig Witt (batterie, percussions), et Christian ‘’ Spice’’ Sjöstrand (basse, chant). La musique du trio est aux antipodes de ce que le guitariste a pu produire jusque-là, prônant un retour aux racines du Heavy Metal. Alors que le Neo Metal dépressif, en vogue à cette époque, s’empare des codes et styles sociétaux du moment, faisant notamment l’impasse sur les soli de guitares si caractéristiques du Hard Rock, Another Way To Shine revisite la richesse musicale des années 70 avec brio en nous plongeant dans un Stoner aux ambiances variées, illuminé par la virtuosité et la sensibilité d’un six-cordiste inspiré. Avec ce premier album nominé aux Grammy suédois, Spiritual Beggars s’érige en figure de proue du Stoner européen

Pochette alternative de la réédition de 2007

Masters Of Reality

Masters of reality 1988 Blue Garden
En appelant sa formation Masters Of Reality, Chris Goss, guitariste, chanteur et membre fondateur, a voulu rendre hommage à la troisième parution de Black Sabbath. Pourtant, The candy song nous rapproche plus de Led Zeppelin que de Tony Iommi et consort. L’album en lui-même, souvent associé au Stoner, évolue dans un registre plus proche du Hard Rock vieille école, avec des passages empruntés au Blues (John Brown, Gettin’ high, The eyes of Texas), à la musique Country américaine avec Lookin’ to get rite voire au Rock Alternatif avec Domino. Riche en sonorités et merveilleusement produit par Rick Rubin, dont l’éclectisme musical va de Run DMC à Slayer en passant par les Red Hot Chili Peppers et Metallica, The Blue Garden, l’autre titre du disque, fait figure d’ovni musical pour l’époque et ne trouvera pas son public. De nombreuses rééditions existent avec un autre visuel et des titres supplémentaires enchainés différemment.

Masters Of Reality 1988 Blue Garden
Pochette alternative de la version originelle

Kick Out The Jams

MC5 1969 Kick Out The Jams
Wayne Kramer nous a quitté le 02 février 2024. Ce nom ne dit peut-être plus grand-chose à la nouvelle génération de Metalheads, pourtant il est à l’origine d’un groupe qui a ajouté sa pierre à l’édifice du patrimoine culturel du Heavy Metal : MC5. Fondé en 1964, la formation s’inscrit dans la mouvance de la contreculture américaine, militant pour le droit des noirs et appelant à la révolution. Kick Out The Jams, enregistré live dans leur fief de Detroit, est un condensé d’énergie Rock agrémenté de touches d’Acid Jazz, de psychédélisme et de Blues. L’Amérique de 68 n’avait jamais entendu un tel déluge de décibels, porté par un discours insurrectionnel ultra politisé, qui valut à Kramer et sa bande d’être surveillé par le F.B.I. Blue Oyster Cult, Monster Magnet, Pearl Jam, Rage Against The Machine, Entombed... tous ont été inspirés par ce précurseur du Punk et du Hard Rock. Culte!

City Baby Attacked By Rats

Charged G.B.H. 1982 City Baby Attacked By Rats
Dans la série des groupes Punk qui ont influencé le Heavy Metal, Charged G.B.H. peut se vanter d'avoir joué son petit rôle dans la musique d'un des plus gros groupes du genre, j’ai nommé Metallica. James Hetfield n'hésitait pas à porter des t-shirts du gang de Birmingham au début de sa carrière (Kirk Hammett préférant Discharge). Représentant du Hardcore britannique, Charged G.B.H. évolue dans un style bien plus violent que ses ainés de la première vague de 1977. City Baby Attacked By Rats, leur premier disque, fait suite à un copieux mini LP, Leather, Bristles, Studs And Acne. De Time bomb qui ouvre le bal, à Slit your own throat qui le clôt, ça déboule à 100 à l’heure. Pas de fioriture dans d'inutiles solis. Les guitares sont minimalistes et rapides, le chant hargneux, agrémenté de textes nihilistes non dénuées d’humour. Sick boy sera repris par Slayer sur Undisputed Attitude.

Never Mind The Bollocks, Here's The Sex Pistols

Sex Pistols 1977 Never Mind The Bollocks, Here's The Sex Pistols
Carrière éphémère et groupe intemporel, les Sex Pistols avec Never Mind The Bollocks, Here’s The Sex Pistols, vont marquer le monde de la musique rock pour l’éternité. Déclencheur du mouvement Punk de 1977, l’empreinte des londoniens reste prégnante pour de nombreux groupes évoluant dans la sphère Hard/Heavy. God save the queen, hymne réquisitoire contre la monarchie Britannique, a été repris par Anthrax, Motörhead et Quorthon (leader du groupe de Balck Metal Bathory). Megadeth , Mötley Crüe ont quant à eux choisi Anarchy in the U.K. tandis que Overkill s’attaquait à No feelings et Exodus à Problems. Du Thrash au Glam en passant par le Stoner, les Sex Pistols et, plus généralement le Punk, restent des influences majeures pour les groupes de Metal. Devant faire face à divers obstacles pour empêcher sa sortie, l’album deviendra un véritable succès commercial, unique témoignage studio d’une formation mythique. Allez, je file réécouter Pretty vacant.

The Eagle Has Landed

Saxon 1982 The Eagle Has Landed
Si Saxon, aujourd’hui, semble être pour certain un groupe de second ordre, il n’en n’a pas toujours été ainsi. Dans la première moitié des années 80, la popularité des natifs de Barnsley, tutoyait celle d’un Judas Priest et faisait jeu égal voire dépassait celle d’Iron Maiden. The Eagle Has Landed, leur premier album live, en est l’illustre témoignage, surpassant de la tête et des épaules Unleashed In The East (Judas Priest). Enregistré durant la tournée européenne pour promouvoir Denim And Leather, le groupe pioche également dans Strong Arm Of The Law et Wheels Of Steel, ses deux prédécesseurs. Le choix et l’interprétation des titres est redoutable d’efficacité, même si l’on aurait aimé y voir figurer d'autres classiques. La réédition de 2018 corrigera cela en ajoutant quelques bonus. The Eagle Has Landed reste un des meilleurs live de la décennie. Ecoutez l'enchainement Fire in the sky/Machine gun et vous serez convaincu.

Rock 'N' Roll

Motörhead 1987 Rock 'N' Roll Mountain 1974 Twin Peaks
« We are Motörhead and we play Rock 'N' Roll! » : Lemmy l’a clamé sur toutes les scènes du monde, il était donc naturel qu’un de ses albums s’intitule sobrement Rock ‘N’ Roll. Le magazine Classic Rock considère cette œuvre comme étant la pire de la discographie du groupe. Qu’en est-il vraiment ? Déjà, le quatuor voit le retour de son emblématique batteur Phil ‘Animal’ Taylor, et ça se sent dès le premier titre éponyme. Ensuite, la production de Guy Bidmead est bien meilleure que celle catastrophique de Bill Laswell sur Orgasmatron. Enfin, si on retire l’inutile « spoken words » qu’est Blessing et le quelconque Blackheart, le reste est plutôt bon. A noter que Eat the rich a été composé pour figurer sur la bande son du film du même nom, et contribuera au succès grandissant de Motörhead outre atlantique. Verdict: Rock ‘N’ Roll est sympathique à écouter.

Twin Peaks

Mountain 1974 Twin Peaks Mountain 1974 Twin Peaks
Mountain voit le jour en 1969 à Long Island. Emmené par Leslie West, son emblématique guitariste, et Felix Pappalardi, bassiste/chanteur/producteur, le trio est considéré comme la réponse américaine à Cream (Pappalardi a produit Disraeli Gears). Enregistré au Japon, Twin Peaks sort en 1974, sous la forme d’un double album. Ce live contient le pire et le meilleur de ce que les groupes de cette génération étaient capables de produire. Le pire : un pénible solo de guitare enchainé à un Nantucket sleighride dépassant les 30 minutes d’improvisation. A cause des limitations techniques de l’époque, le morceau sera divisé en deux parties. Le meilleur : l’alternance du chant éraillé de Leslie avec celui plus clair de Felix. A écouter : Theme for an imaginary western, l’incontournable Mississipi queen, Silver Paper et Roll over Beethoven (Chuck Berry). Un disque moyen d'un pilier du Hard Rock américain, qui influencera de nombreuses formations de Stoner.

Sentence Of Death

Destruction 1984 Sentence of death
Quand sort Ride The Lightning, une meute de jeunes loups pousse derrière Metallica, s’apprêtant à donner ses lettres de noblesses au Thrash Metal estampillé Bay Area. Sur le vieux continent, le Heavy britannique, emmené par Saxon, Iron Maiden, Judas Priest, règne en maitre. C’est d’Allemagne que sonnera le réveil européen, dans un style bien plus radical que celui pratiqué outre atlantique. Sentence Of Death parait en 1984. Malgré sa dispensable introduction, Total disaster prouve que Destruction n’a pas à rougir de la comparaison avec ce que l’on peut entendre sur Show No Mercy. Le passage hispanisant de Black mass, démontre une certaine aisance technique confirmée par le grand classique Mad butcher. Plus convenu, Satan’s revenge, dont le final rappelle Phantom lord, reste acceptable quand Devil’s soldier clôture sans génie, un mini LP essentiel qui jette les bases d’un Thrash à l’européenne. Dans le sillage de Destruction émergeront Sodom et Kreator

Destruction 1984 Sentence of death
Pochette alternative de la version US

Volume VI Warts n' All

Août 2020, en pleine pandémie, les Australiens publient ce message : « F@#k you Corona virus! Alors que le monde est effrayé par le sang, la sueur et la bière, Mammoth Mammoth ne peut tout simplement plus exister. On dégage d’ici ! ». Je ne donnais pas cher de la suite de la carrière du groupe. Un an plus tard, la formation melbournienne ressuscite, un nouveau contrat discographique en poche, et un album en prévision. Repoussé, COVID oblige, c’est en novembre 2023 que sort Volume VI Warts n’ All. D’entrée Hell’s likely donne le ton, sonnant comme G.B.H., tandis que le reste du répertoire est plus typé Hard Rock/Metal, croisement entre Motörhead et Black Sabbath (Epitome et son clin d’œil à Paranoid). Le son est brut, sans fioritures, un live authentique avec tous ses défauts (*). Mammoth Mammoth ne réinvente rien, on aime ou on n’aime pas. Moi je valide.

(*) Traduction en français de warts and all.

The Murderess Metal Road Show

Lizzy Borden 1985 The Murderess Metal Road Show
Lizzy Borden tient son nom d’une héroïne d’un célèbre fait divers américain de la fin du 19e siècle. Accusée d’avoir tué son père et sa belle-mère à coups de hache, Lizzie fut acquittée faute de preuves et de mobile (malgré des suspicions d’inceste). Devenue une icône féministe et folklorique, elle fit l’objet d’une comptine pour enfant : Lizzie Borden took an ax. La parenthèse culturelle refermée, intéressons nous au contenu de ce Metal Murderess Road Show. Emmenés par leur chanteur Lizzy Borden (Gregory Charles Harges), les angelins nous livrent une version live de leurs deux premiers micro-sillons, Giv ‘Em The Axe et Love You To Pieces, agrémentés du Live and let die des Wings. Musicalement proche d’Iron Maiden sans en avoir le génie, le groupe connaitra un certain succès sur sa terre natale sans jamais vraiment s’imposer en Europe. Sympathique tout au plus, à ranger aux côtés de Savage Grace.

Defenders Of The Faith

Judas Priest 1984 Defenders Of The Faith
Dans la série album quadragénaire, en voilà un autre qui a marqué son époque : Defenders Of The Faith. Cette neuvième parution de Judas Priest est dans la juste continuité de son prédécesseur, Screaming For vengeance, qui lui a ouvert les portes du succès outre atlantique, lui permettant de jouer à l’affiche de l’US Festival (San Bernardino 1983). L’incontournable Freewheel burning, toujours joué en concert, ouvre le bal de fort belle manière, suivi du non moins efficace Jawbreaker. Rock hard ride free vient casser le rythme, avec son tempo plus lent et une mélodie empreinte de claviers formatée pour faire plaisir aux toutes puissantes radios américaines. La face A se termine par un autre classique, The sentinel. Malheureusement la face B est un cran en dessous, faisant pour moi de Defenders Of The Faith un album prévisible, sans pour autant égaler Screaming For vengeance. Certains puristes vous diront le contraire.

Show No Mercy

Slayer 1983 Show No Mercy
Après de longs mois de fatigue mentale et de panne intellectuelle, je reprends mon clavier pour vous parler d’une œuvre qui vient de célébrer son quarantième anniversaire : Show No Mercy. Sorti quelques mois à peine après Kill ‘Em All, Slayer nous délivre une musique vindicative mariant la vélocité de Metallica à la brutalité primale du trio de Newcastle upon Tyne : Venom. Si cette première galette est moins prisée que Reign In Blood, elle jette les bases d’un Thrash Metal dont Slayer restera un des rares représentant intègre toute sa carrière durant. Les influences d’Iron Maiden et Judas Priest ne sont pas encore totalement digérées, mais King et Hanneman nous délivrent des riffs assassins accompagnés par un Tom Arraya hurlant ses lignes vocales comme un possédé, le tout rythmé par un monstre de la batterie : Dave Lombardo. Quarante ans après, ce disque reste un incontournable brûlot qui a plutôt bien vieilli.